ekwerkwe's nest

Les notes de lecture d'ekwerkwe

20 avril 2008

Etre bloggueuse

Passer dans le coin, ouvrir les volets, admirer les facéties de la poussière dans les rayons de soleil.

Passer en douce sans prévenir personne, sans savoir pour combien de temps.

La_pierre_de_lune___Wilkie_CollinsCette semaine, entre deux chapitres du "plus beau roman policier de tous les temps" (est-il éloge plus obséquieux que celui d'une quatrième de couverture?), il arriva que je cherchai, pour des raisons qui ne regardent que moi, la définition de "Titanic" dans le dictionnaire, côté noms propres -je ne la trouvai pas, ce qui est tout de même fort curieux, mais en guise de compensation mes yeux tombèrent (était-ce vraiment un hasard?) sur le nom de Tippoo Sahib (dit aussi Tîpû Sâhib), sultan du Mysore (v. 1749-1799), qui fut allié de la France, chassa les Anglais du Mysore, mais fut tué en défendant Seringapatam.

Seringapatam, donc. Une ville dont le nom donne envie d'y vivre. Une ville sur laquelle régnait Tippoo, qui s'était emparé de la Pierre de Lune - pierre précieuse qui fut volée lors de la prise de la ville, moyennant massacre, par un officier anglais: oui, c'est bien ainsi que commençait le roman...

Quel rapport avec ce blog?

Eh bien, je ne crois pas aux signes, mais j'aime les prétextes, même les plus louches, même les plus bancals. Et puis, à qui irais-je raconter ça, sinon?

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12 octobre 2007

Etre bloggueuse

Trouver des idées, en partager.

Trouver l'envie, en inventer.

Trouver du temps, en voler.

Continuer, arrêter.

Arrêter.

Merci à tous ceux qui, invitées et lecteurs, sont venus ici dire, contredire, faire écho, amplifier, déformer, lancer des fusées éclairantes, raconter des anecdotes croustillantes, chercher des petites bêtes.

A vous revoir, quelque part ou ailleurs, et peut-être ici même. Les idées, les envies et le temps ne sont pas phénomènes linéaires...

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01 octobre 2007

Des nouvelles de Fanes de Carottes...

Ô joie! ça y est! Nous sommes enfin en octobre, et le premier numéro de Fanes de Carottes, le blogzine de (science) fiction, est lancé: un nouveau terrain de jeu et de création, où vous pourrez lire, vous remplir les yeux et le ventre, et jouer avec nous, aussi...

admin

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30 septembre 2007

La Zone du Dehors, Alain Damasio

blog___ZoneCette note, je ne veux pas l'écrire, moins que toute autre. Mais demain je ne me sentirai pas (et ne serai pas) davantage capable de la faire. Et il est impossible qu'ici, précisément ici, pour cette note-ci, je choisisse la facilité de l'omission.
Alors tant pis.

Je ne vous parlerai pas de Cerclon I, utopie aboutie, démocratie parfaite, cercle de civilisation tracé sur un monde rouge, âpre et hostile.

Je ne vous parlerai pas des Cercloniens, ses habitants clastrés qui se coulent dans le modèle panoptique où tout le monde observe, juge et dénonce tout le monde. Je ne vous parlerai pas de la censure, qui n'existe pas, ni de l'auto-censure, si intégrée qu'on ne la ressent pas.

Non, je ne vous parlerai pas des Cercloniens, qui abandonnent le vif et ce qui les anime aux drogues et aux implants. Je refuse de vous parler de ces coquilles consentant à des sensations exo-générées, loin de l'envie et du plaisir de penser et ressentir par soi-même.

Je ne vous parlerai pas du cercle vicieux qui se superpose à Cerclon - serpent qui se mord la queue, chemin impeccablement tracé, immuablement parcouru: personne ne tire de ficelles quand une société se réduit elle-même en esclavage.

Je ne vous parlerai pas du va-et-vient des sciences humaines recyclées en gestion d'entreprise, et des recettes de management appliquées en retour à la société.

Je ne vous parlerai pas de la télévision omniprésente, des médias pléthoriques et évidemment libres, des grands procès organisés en grands spectacles.

Je ne vous parlerai pas des instituts de sondage, et encore moins des sondages eux-mêmes, et surtout pas des techniques de manipulation.

Je ne vous parlerai pas de la difficulté d'être un esprit libre, pas de la Volte, pas des feux allumés en contre.

Je ne vous parlerai pas de la langue protéiforme de ce roman, des voix qui l'habitent, des mots qu'elle roule comme des pierres.

Et surtout je ne vous parlerai pas de la beauté, ni de l'évidente nécessité du Dehors.

Non, je ne vous parlerai pas de tout ça, et ne croyez surtout pas que je vienne de le faire. A peine ai-je aligné quelques mots-clefs, qui n'ont rien à voir avec la chair de ce roman rare.

Je vous dirai simplement qu'à sa lecture, à chaque page, les mots et les idées claquaient, grésillaient et faisaient des étincelles dans ma tête.

Que j'ai mis longtemps à lire ce livre, que je laissais aux idées lues le soir le temps de la journée pour m'accompagner.

Que j'ai rarement été aussi bouleversée, intellectuellement, par un roman - ni aussi touchée, personnellement.

Que j'ai une admiration immense pour son auteur.

Que j'aimerais que vous lisiez ce livre, qui donne de belles et joyeuses envies de partage.

Que la science-fiction est bien, définitivement, une façon d'analyser notre présent, et de réfléchir à des pistes pour l'avenir.

Posté par ekwerkwe à 07:11 - ROUGE - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 septembre 2007

De Na'ya Lune à Majipoor

"Lisey attendit. Elle n'avait pas préparé ce qu'elle allait dire. Encore une Règle d'Or des Landon: tu prépares ta diatribe seulement en cas de litige. Mais quand t'es vraiment furax - quand t'es parti pour tailler un nouveau costard à quelqu'un, comme dirait l'autre - vaut mieux en général laisser gonfler le flot et puis lâcher les vannes.
Elle resta donc assise là, cerveau prudemment vide, à faire tournoyer son paquet de cigarettes. Vrrrr-vrrrr-vrrrr."

Histoire de Lisey, Stephen King

"Il se demanda ce qu'il allait dire à lord Stiamot.
Il ne servait à rien de le préparer; les mots viendraient d'eux-même ou ils ne viendraient pas. Au bout d'un certain temps, il glissa dans une sorte de demi-sommeil, l'esprit lucide mais figé, ne songeant à rien, ne calculant rien."

Les chroniques de Majipoor, Robert Silverberg

*******

"En contrebas, une femme vêtue d'un caftan et tenant à la main la photo d'un petit enfant au sourire brèche-dent se retourna et prononça sur un ton de remontrance des mots qui dérivèrent lentement vers elles."

Histoire de Lisey, Stephen King

"Il secoua la tête en signe de refus et l'un des chasseurs, une femme, s'approcha et lui fit un sourire moqueur, un sourire de brèche-dent à la grande bouche empestant le poisson séché."

Les chroniques de Majipoor, Robert Silverberg

Posté par ekwerkwe à 07:27 - _ les yeux qui clignent - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 septembre 2007

Du sirop pour les guêpes, San Antonio

blog___siropJ'étais certaine de détester, mais enfin, le plus bête avec les préjugés, c'est que le plus souvent, ils sont parfaitement injustifiés. Donc l'occasion a fait que Du sirop pour les guêpes m'est tombé entre les mains, et que je l'ai lu, sans trop savoir à quoi m'attendre non plus, mais avec relativement de bonne volonté.

Et maintenant que je l'ai lu, je n'aime toujours pas, mais au moins je sais pourquoi. Parc que c'est assez nullard, côté scénario. Parce qu'au niveau du discours, c'est sexiste à toutes les pages, xénophobe quand l'occasion se présente, homophobe dès que possible. Parce qu'il faut probablement le lire au quarante-quatrième degré, mais que je n'ai pas la patience d'aller plus loin que le premier si l'auteur ne m'y incite pas. Parce que l'écriture est sans intérêt, ni drôle ni créative, et pour tout dire plutôt fatigante. Parce que.

*******

Et puis, depuis que j'ai rédigé cette note de lecture, j'ai lu Histoire de Lisey, de Stephen King (bientôt un billet enthousiaste ici-même), et la traductrice, tout à la fin du livre, cite quelques uns des auteurs qui l'ont aidée à traduire la langue foisonnante et créative de King, parmi lesquels... San Antonio, et pour quelques trouvailles réellement réjouissantes. Me voilà bien marrie. Que n'ai-je donc pas su voir?

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21 septembre 2007

Citations

blog___pouleAujourd'hui, je vais vous demander de travailler...

Si vous êtes du genre à avoir un petit carnet.
Et si vous êtes du genre à noter, dans ce petit carnet, de jolis mots et des citations qui vous parlent.

J'aimerais que vous me donniez des citations que vous aimez sur la lecture et le plaisir de lire - car ma recherche google est plutôt désespérante.

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20 septembre 2007

Tess of the d'Urbervilles, Thomas Hardy

blog___tess

Ce roman, c'est l'histoire d'une fleur des champs, d'une femme pure victime de la cruauté et de l'étroitesse de vue et de coeur de la société anglaise du XIXème siècle. Envoyée par ses parents, naïvement calculateurs, chez leurs riches "cousins", Tess n'est pas de taille face à la corruption d'Alex d'Urberville. Et quand elle pense pouvoir oublier, puis se faire pardonner sa "faute" par celui qu'elle aime réellement, Angel Clare, elle se heurte finalement à la même insensibilité: les deux hommes de sa vie l'aimeront et la comprendront toujours trop tard.

Ma pauvre poignée de mots ne peut rendre, ne veut même essayer de dire toute la beauté de l'écriture de Thomas Hardy: la richesse de ses trouvailles, les symboles et les prémonitions dont il tisse subtilement le récit, les échos qui se répondent d'un chapitre à l'autre, d'un personnage à l'autre.

Les faits, peu nombreux, sont pratiquemment éludés, Hardy étant un maître de l'ellipse pudique. Le drame avance lentement, toujours près de la terre, des saisons - et d'autant plus cruellement qu'il prend son temps et ménage de petits répits à ses héros tourmentés.

Ce n'est pas un roman moraliste. Si Hardy précipite sa Tess dans les plus sombres tourments, avec un acharnement proche du sadisme, ce n'est pas pour faire la leçon à ses lecteurs sur la nécessité de la vertu, mais bien pour dénoncer une société étouffante et hypocrite, face à laquelle une jeune fille naïve et sincère, à contre-temps donc, n'a aucune chance: Tess est bien le roman d'une femme pure, pas celui d'une femme "perdue".

Ne vous laissez pas distraire par les trouvailles de la langue, par les constructions élaborées du récit, par la beauté des scènes rurales et l'aura romantique du siècle.
Des héros innocents et poursuivis par la fatalité.
Une société qui ne pardonne pas.
Du tragique qui colle aux semelles.
Ceci est bien un roman noir.

"He had an almost swarthy complexion, with full lips, badly moulded, though red and smooth, above which was a well-groomed black moustache with curles points, though his age could not be more than three- or four-and-twenty. Despite the touches of barbarism in his contours, there was a singular force in the gentleman's face, and in his bold rolling eyes."

"Angel Clare rises out of the past not altogether as a distinct figure, but as an appreciative voice, a long regard of fixed abstracted eyes, and a mobility of mouth somewhat too small and delicately lined for a man's, though with an unexpectedly firm close of the lower lip now and then; enough to do away with any inference of indecision."

"(...) her mouth he had seen nothing to equal on the face of the earth. To a young man with the list fire in him that little upward lift in the middle of her red top lip was distracting, infatuating, maddening. He had never before seen a woman's lips and teeth which forced upon his mind with such persistent iteration the old Elizabethan simile of roses filled with snow. Perfect, he, as a lover, might have called them hoffhand. But no - they were not perfect. And it was the touch of the imperfect upon the would-be perfect that gave the sweetness, because it was that which gave the humanity."

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19 septembre 2007

Speaking with the angel, edited by Nick Hornby

blog___speakingNick Hornby, un auteur que je ne connais pas (encore) a ressemblé ces nouvelles inédites, pour une bonne cause, qui n'est pas l'intérêt principal du bouquin. Pour la plupart, je ne connaissais pas (ou mal) les auteurs, mais j'en avais entendu parler, bien sûr - et je suis toujours un peu méfiante envers ces "auteurs à la mode", qui ont des préoccupations très éloignées de ce que je recherche en littérature, et qui se prêtent un peu trop complaisamment à mon goût au cirque médiatique, comme des éléphants désireux de se tenir le plus longtemps possible sur leur ballon pour que l'on parle d'eux. Alors? gloires de cirques ou jeunes écrivains talentueux?

Lucky blog___speaking02 se casse la figure dans la salle de bains: une bonne occasion de faire le point, notamment sur ses relations avec sa fille, mais aussi sur les limites (peu nombreuses...) qu'elle s'est fixée dans sa vie, sur un corps qu'elle refuse de voir vieillir, et sur sa façon bien peu féministe (mais ô combien efficace) d'être femme (Luckybitch, Helen Fielding). Au Royaume-Uni, le Premier Ministre blog___speaking03 perd complètement la boule, à moins qu'il n'ose, enfin, être lui-même? En tous cas, les résultats dérisoires et pathétiques d'une fugue presque innocente vont prendre des proportions... assez inévitables (PQM, Robert Harris). Meg blog___speaking04 se rend compte que dix ans de plus, ce n'est pas forcément dix ans de trop - et entre nous, ça fait du bien (The wonder spot, Melissa Banks)

. Un lycéen qui aimerait bien être Peter Shelley blog___speaking11 et une jeune fille qui s'appelle simplement Georgia découvrent ensemble pas mal de choses sur le sexe et les sentiments (Peter Shelley, Patrick Marber). Une intendante extrêmement respectable exauce des dernières volontés aux saveurs douces-amères blog___speaking12 (Last requests, Giles Smith). Quand on vit au pays de rien, on ne rêve que d'une chose: s'échapper dans les histoires de sa grand-mère. Et même si cette dernière est vieille et malade, ses histoires rendent la vie infiniment plus supportable blog___speaking08 (The department of nothing, Colin Firth). La soeur du narrateur blog___speaking05 fait des films, et rencontre l'ami du narrateur, qui est vraiment très grand: un évènement majeur de son adolescence - faut-il qu'elle soit vide... (I'm the only one, Zadie Smith). Un crane d'oeuf blog___speaking10 est engagé pour veiller sur une oeuvre qui est et n'est pas de l'art, qui est et n'est pas de la provocation, et toutes sortes de choses se mettent à fermenter, des idées, des émotions, et beaucoup de questions extrêmement intéressantes (NippleJesus, Nick Hornby). Un chien blog___speaking01 court beaucoup, de façon très métaphysique mais un peu à vide, entre deux passages dans la rivière (After I was throwned in the river & before I drowned, Dave Eggers). Terry blog___speaking06 trouve un rat mort dans sa cuisine. Et pour l'enlever, c'est vraiment toute une histoire... que je n'ai pas eu le courage de finir. Quelque chose à voir avec le bilan de la quarantaine, probablement (The slave, Roddy Doyle). Joe a vraiment une manière très particulière de se faire psychanaliser (Catholic guilt (You know you love it), Irvine Welch). Un mime blog___speaking09 se fait une vie éblouissante et ratée, en quelques pages denses sur la difficulté d'être, l'enfermement et les bassesses quotidiennes (Walking into the wind, John O'Farrell).

Bref, tout ça fait, à mes yeux, beaucoup de gloires du cirque. Pas mal de ces nouvelles ne disent rien, et trop d'entre elles se passent d'une vraie trame narrative. Restent l'excellent NippleJesus (oui, je lirai Nick Hornby, promis), un Colin Firth fin et agréable, et les grandeurs et décadences classiques mais bien vues du héros de John O'Farrell. Quant aux autres... j'ai quand même eu le plaisir de lire en anglais. Pas forcément en "bon" anglais, d'ailleurs: ah! l'argot-qui-fait-vrai! pourvu que ça ne devienne pas un incontournable... Je ne tiens pas non plus spécialement à garder les marmonnements intérieurs (utilisés systématiquement sur plusieurs pages, ils perdent beaucoup de leur charme), ni les boucles et les répétitions (le style qui fait sens, à mon sens, ce n'est pas ça). Mais peut-être est-ce aussi le principe des recueils de nouvelles: rares sont ceux que j'ai aimés de la première à la dernière.

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18 septembre 2007

Au seuil de l'abîme, Hake Talbot

blog___ab_me"Dieu du Ciel, Frank! Jamais je n'aurais pensé vous voir un jour boire de l'alcool. Que vous arrive-t-il?"

Je ne sais pas l'effet que vous fait cette phrase. Moi, quand mes yeux sont tombés dessus, en feuilletant le roman, j'ai flairé le faux polar, un surjeu plein d'auto-dérision, bref, un chouette moment au coin du feu...

Tant pis pour le suspense, je vous le dis tout de suite: j'avais tort. Au seuil de l'abîme est un vrai roman policier, avec un lieu plus ou moins clos, un crime atrocement compliqué, des motivations obscures, des indices trompeurs, un héros vraiment très malin, et un dénouement, comme de juste, in extremis. C'est plein de prestidigitation, de magie, de fantômes, de pas qui s'arrêtent au milieu de nulle part, qui déplacent le roman policier sur le territoire du fantastique. Et c'est remarquablement ennuyeux.

Posté par ekwerkwe à 07:29 - BLEU - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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