24 mai 2007
Bastille Tango, Jean-François Vilar
Quelques années après C'est toujours les autres qui meurent, Victor le photographe hante le quartier Bastille, et prend en photo un espace remis à plat. Jessica le quitte, le hante, le provoque, une fois de plus dans leur grand jeu de l'amour qui fait mal. Tandis que le Paramount est détruit sur la place, Rose, la guapa geisha, ouvre une boîte de tango rue de Lappe, où se retrouvent les exilés qui dessinent sur les nappes, bombent sur les murs, et rêvent sous les photos de Carlito Gardel. Dans la rue, Oscar colle des affiches qui rappelle les pires heures de la dictature. En Argentine, un procès se prépare - et à Paris, des gens disparaissent.
Pendant la première partie du roman, j'ai eu l'impression que Vilar reprenait là où Daeninckx s'était arrêté - ou plutôt, que je reprenais avec Vilar là où je m'étais arrêtée avec Daeninckx. C'est-à-dire au roman noir trempé avec intelligence, culture et lucidité aux heures sombres de l'Histoire. Avez-vous lu Le der des ders et Meurtres pour mémoire? Vous devriez, ce sont des chefs-d'oeuvre. Ecrits par un excellent écrivain, doublé d'un historien rigoureux. Mais passons. Car ici, l'auteur, c'est Vilar. Qui dessine des personnages en clair-obscur, des personnages un peu trop romanesques, mais enfin, c'est beau une ex-ouvreuse de cinéma qui jadis faisait rêver les mômes et qui pousse à présent un caddie le jour, puis va danser des tangos passionnés la nuit. Enfin, moi ça me plaît. Les héros malmenés, la nostalgie, les causes perdues... Mais bizarrement, ça ne va pas vraiment plus loin. Peut-être parce que Victor ne va pas plus loin, parce qu'il se laisse balloter, et regarde les autres se débattre autour de lui sans y être indifférent, mais sans s'impliquer non plus, pour une belle conception de la liberté, certes, mais ça ne fait avancer ni les romans, ni les enquêtes. Et le roman, qui tient non par son sujet mais par ses personnages, se dissout avec eux, dans une fin à la limite du fantastique.
Ai-je aimé? Je ne sais pas. Peut-être ne l'ai pas bien compris. C'est dommage, parce que c'était chaleureusement recommandé par Stella (dans ma hiérarchie, c'est l'équivalement d'un prix littéraire). Mais j'ai fait des cauchemars, ça oui. Et il y a des images que je garderai probablement longtemps.
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