20 septembre 2007
Tess of the d'Urbervilles, Thomas Hardy

Ce roman, c'est l'histoire d'une fleur des champs, d'une femme pure victime de la cruauté et de l'étroitesse de vue et de coeur de la société anglaise du XIXème siècle. Envoyée par ses parents, naïvement calculateurs, chez leurs riches "cousins", Tess n'est pas de taille face à la corruption d'Alex d'Urberville. Et quand elle pense pouvoir oublier, puis se faire pardonner sa "faute" par celui qu'elle aime réellement, Angel Clare, elle se heurte finalement à la même insensibilité: les deux hommes de sa vie l'aimeront et la comprendront toujours trop tard.
Ma pauvre poignée de mots ne peut rendre, ne veut même essayer de dire toute la beauté de l'écriture de Thomas Hardy: la richesse de ses trouvailles, les symboles et les prémonitions dont il tisse subtilement le récit, les échos qui se répondent d'un chapitre à l'autre, d'un personnage à l'autre.
Les faits, peu nombreux, sont pratiquemment éludés, Hardy étant un maître de l'ellipse pudique. Le drame avance lentement, toujours près de la terre, des saisons - et d'autant plus cruellement qu'il prend son temps et ménage de petits répits à ses héros tourmentés.
Ce n'est pas un roman moraliste. Si Hardy précipite sa Tess dans les plus sombres tourments, avec un acharnement proche du sadisme, ce n'est pas pour faire la leçon à ses lecteurs sur la nécessité de la vertu, mais bien pour dénoncer une société étouffante et hypocrite, face à laquelle une jeune fille naïve et sincère, à contre-temps donc, n'a aucune chance: Tess est bien le roman d'une femme pure, pas celui d'une femme "perdue".
Ne vous laissez pas distraire par les trouvailles de la langue, par les constructions élaborées du récit, par la beauté des scènes rurales et l'aura romantique du siècle.
Des héros innocents et poursuivis par la fatalité.
Une société qui ne pardonne pas.
Du tragique qui colle aux semelles.
Ceci est bien un roman noir.
"He had an almost swarthy complexion, with full lips, badly moulded, though red and smooth, above which was a well-groomed black moustache with curles points, though his age could not be more than three- or four-and-twenty. Despite the touches of barbarism in his contours, there was a singular force in the gentleman's face, and in his bold rolling eyes." |
| "Angel Clare rises out of the past not altogether as a distinct figure, but as an appreciative voice, a long regard of fixed abstracted eyes, and a mobility of mouth somewhat too small and delicately lined for a man's, though with an unexpectedly firm close of the lower lip now and then; enough to do away with any inference of indecision." |
"(...) her mouth he had seen nothing to equal on the face of the earth. To a young man with the list fire in him that little upward lift in the middle of her red top lip was distracting, infatuating, maddening. He had never before seen a woman's lips and teeth which forced upon his mind with such persistent iteration the old Elizabethan simile of roses filled with snow. Perfect, he, as a lover, might have called them hoffhand. But no - they were not perfect. And it was the touch of the imperfect upon the would-be perfect that gave the sweetness, because it was that which gave the humanity." |
Commentaires
Un ptit coucou en passant !
J'ai lu ce bouquin contrainte et forcée par une prof d'anglais atroce et je l'avais détesté. Morwenna en a parlé il n'y a pas longtemps et du coup, voyant que tu en remets une louche, il se peut que je me replonge dedans mais en anglais alors... (et c'est incroyable, j'avais oublié le personnage d'Angel, comment est-ce possible ?)
Ton billet me donne envie de lire ce livre, moi qui ai tant aimé le film de Polanski, tiré de ce bouquin ! Je crois que son mari m'a encore plus énervé que son cousin !
@ sansev & anjie
Effectivement, c'est un roman qui repose sur tellement de contre-temps, tellement de conditionnels, tellement d'occasions manquées, qu'il engendre une puissante frustration, et souvent une sérieuse envie de les secouer, tous les trois. Mais au fond, j'ai vu (il me semble) ce que Hardy voulait montrer: tous sont victimes de la société. Et s'ils étaient parvenus à ce libérer de ce poids-là, ils auraient eu de meilleures chances de bonheur.
Ton article me donne vraiment envie de lire ce livre. C'est vrai que le film était magnifique aussi :)
Un beau billet. J'avais essayé de le lire en anglais, mais la langue m'avait paru difficile. A retenter, donc.
Un des premiers livres que j'ai lus (lentement) en anglais et quelle splendeur, aussi bien dans la description des paysages que dans celle de la psychologie des personnages ! Oui, l'histoire est terrible mais elle s'achemine doucement vers le malheur, sans qu'on ait envie de lâcher le livre. C'est le récit du gâchis moral de l'époque, à travers Angel mais aussi la tâche qui pèse inexorablement sur l'héroïne...
J'ai lu les extraits en anglais, ainsi que ton billet, mais vraiment, même moi qui ai toujours été forte en anglais, j'ai du mal à comprendre !
Sinon, billet très beau, qui donne envie de lire le livre. Tout y est pour me séduire ! Contextes historique et géographique, intrigue (bien que je redoute tout ce qui à l'attrait de l'eau de rose, mais à lire ton billet, cela ne semble pas être le thème principal :-)), langue recherchée... mais qui donne envie de lire en français, ou bien en anglais, quand je serai parfaitement bilingue, et que je n'aurai plus besoin de regarder toutes les cinq minutes dans mon dictionnaire, me gâchant ainsi le plaisir de la lecture *rires* !
Difficulté de la langue
A celles qui hésitent, j'ai envie de dire "(ré)Essayez!" Peut-être que vous ne comprendrez pas tout, et cela, forcément, vous désespèrera. Peut-être tout de même que vous comprendrez davantage que vous ne l'espérez. Et de toutes façons, il me semble impossible de passer à côté du talent de Hardy simplement à cause des difficultés de la VO.
Au passage, je m'aperçois que j'ai mal présenté les extraits: il s'agit des bouches des trois héros, décrites à des moments différents du récit. Dans l'ordre: Alex d'Urberville, Angel Clare, Tess. Pour chacun, cette description est un résumé subtil de son caractère. J'ai trouvé le procédé fin mais frappant - alors que d'habitude, je remarque rarement ce genre de chose.
J'en garde un souvenir distant, lointain. J'étais sans doute trop jeune pour le lire, même si personne ne m'avait forcée! Ce fut une lecture difficile dont je n'ai pas su saisir tous les enjeux! Je vais donc me repencher dessus!
Très bel article
qui donne presque envie de lire le livre. Moi, j'avais trouvé le film de Polanski avec des longueurs. Et puis cet univers noir et sans espoir est un peu déprimant. Jude dans le genre n'est pas mal non plus mais j'avais beaucoup aimé le film de M. Winterbottom avec Kate Winslet.
Merci
Je surfe sur le net pour voir ce que les lecteurs ont pensé de Tess, et votre article est le plus intéressant que j'aie lu! Je pense écrire aussi quelque chose car cette lecture est bouleversante.
Bonnes lectures.
Et voilà, je vais rechercher ce livre que j'ai déjà... pour le lire enfin !!! Ta présentation de Tess en "femme pure" me séduit autant que celle de cette oeuvre de Thomas Hardy en "roman noir".... "Une société qui ne pardonne pas"... tu parles d'or, chère Ekwerkwe ! Merci et à très bientôt, j'espère... et je n'sais si tu auras envie d'être un jour lectrice de mon p'tit roman gentillet.... je profite de sa très laborieuse "réfection" estivale pour le publier lentement "on line" par chez moi... Amitié & bises ! Et merci à notre âmie Esis de m'avoir fait connaître ton travail critique si personnel !!
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=207485&pid=5783657
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

