ekwerkwe's nest

Les notes de lecture d'ekwerkwe

17 septembre 2007

La grammaire est une chanson douce, Erik Orsenna

blog___grammaireCertains livres m'ont à l'usure... "On" m'en parle, beaucoup... Et un jour l'occasion se présente. Je lis davantage pour savoir que par envie. Parfois je regrette, parfois pas. Et effectivement, je n'ai pas regretté d'avoir lu celui-ci. Déjà parce qu'il est si court, si léger, que je ne pouvais avoir l'impression de perdre mon temps. Et puis parce qu'il parle du plaisir que l'on éprouve à manipuler les mots, à les dire, à les accorder, à les écrire. Et enfin de leurs pouvoirs et de leurs besoins.

Alors oui, pour les gros lecteurs, c'est probablement un peu léger, un peu facile souvent. Mais c'est aussi une façon d'amener, par un joli chemin, ceux qui n'ont pas trouvé l'entrée tout seuls - je pense aux ados, surtout. Alors, finalement, je trouve que c'est plutôt bien, et intéressant, et recommandable!

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17 août 2007

Les derniers hommes, Pierre Bordage

blog___derniershommesLes derniers hommes, ce sont ceux qui ont survécu aux horreurs de la troisième guerre mondiale: des peuples nomades, qui se partagent les rares ressources non contaminées, et le pouvoir qui en découle. Les Aquariotes et leurs sourciers ont le monopole de l'eau et un donneur, un clairvoyant qui lit dans les âmes, ce qui fait d'eux le groupe le plus essentiel des nomades et attise la jalousie des ambitieux.
Le monde n'est pas à reconstruire: la survie est déjà un problème bien assez difficile. Mais une force est à l'oeuvre. Une force qui tord le ventre de Solman le donneur d'appréhension. Qui remodèle ce qu'il reste du monde. Et qui ne semble pas prête à y laisser une place aux derniers hommes.

Un roman post-apocalyptique? Non, l'Apocalypse, on est en plein dedans. Suivant point par point le plan divin annoncé par le prophète Jean dans l'ancien Testament, elle est à l'oeuvre et elle prend son temps. L'humanité l'a peut-être bien méritée, l'a peut-être bien préparée - et peut-être n'est-il que justice que ses derniers représentants fassent face à leur extermination. Mais ce que sont exactement les Justes supposés les remplacer, c'est tout l'objet du roman de le découvrir.

Pour livrer leur dernière lutte, les hommes ont un représentant faible, boiteux, orphelin et clairvoyant (et si ça vous rappelle quelqu'un, vous avez tort: ils sont très différents): une bonne dose d'anti-héroïsme pour compenser un "super-pouvoir", des lâchetés hélas bien trop humaines, des amis comme on n'en fait plus... Solman peut se lancer dans ce qui est à la fois une fuite, une quête, une enquête... Il y en a pour 600 pages à souffrir, se désespérer, aimer, chercher avec lui. Il faut dire que le roman était, à l'origine, un feuilleton: ça se sent aux fins de chapitres pleines de suspense, aux rebondissements incessants, au rythme trépidant. Pour la lectrice, ça équivaut à une grosse tranche de bonheur. Et puis c'est un plaisir de lire Bordage. Malgré ses obsessions mystico-religieuses (sa marque de fabrique, paraît-il), et un mystère pas toujours très mystérieux, l'ensemble est très agréable à lire. L'auteur a une écriture fluide, manie les concepts avec simplicité, ne m'a pas noyée (merci! merci!) dans les détails astro-techniques (ça aurait pourtant été si facile). Bref, j'ai dévoré le bouquin d'une traite. Et si l'exposé final laisse quelques points mineurs dans l'ombre, eh bien, au diable!


Mon billet n'est évidemment pas à la hauteur du roman, notamment de ses méandres psychologiques (et je vous assure, c'est très agréable quelques interrogations existentielles sans prétention). J'en suis désolée, j'espère lire des chros plus méritantes sur vos blogs très bientôt!

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11 août 2007

Os de Lune, Jonathan Carroll

blog___osdeluneLe jour, Cullen vit à New-york, avec son mari plus charmant qu'un prince et sa jolie petite fille. La nuit elle explore Rondua avec son fils Pepsi, des animaux géants qui les portent quand ils sont fatigués, et des Os de lune à rassembler, pour mettre fin à la guerre qui ravage l'île.

Le problème avec Rondua, c'est que ça rend la vie à New-York un peu moins intéressante qu'elle ne le devrait quand on y a une famille. Les rêves de Cullen se font de plus en plus présents. Et ils ont aussi l'air de plus en plus réels - jusqu'au moment où il devient impossible de nier la magie qui s'est infiltrée dans le quotidien...

Voilà un livre, au choix, très mal écrit ou très mal traduit. Et la construction du récit est toute bancale: des longueurs là où j'aurais aimé davantage de nerf, du survol aux moments où j'avais envie de tout savoir de Rondua... Et pourtant, pourtant, un charme ténu se dégage de ce roman. Peut-être parce que j'aime trouver un peu de magie dans le quotidien. Un de mes amis dit que la vie est bien suffisament bizarre pour se contenter du réel. Les lecteurs qui pensent comme lui verront probablement dans ce roman une métaphore transparente et un peu niaise sur le sentiment de culpabilité et le travail de deuil d'une mère. De quoi ennuyer Freud en trois minutes, comme le dit l'un des personnages. Pour les esprits primesautiers comme le mien, qui aiment bien la magie au premier degré et les histoires peu prétentieuses, Os de lune fait passer un agréable (et court) moment - et après et pendant mes derniers pavés, c'est bien tout ce dont j'avais besoin!

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06 août 2007

L'élégance du hérisson, Muriel Barbery

blog____l_gance_h_rissonAmicalement poussée par vos encouragements, amies bloggueuses (les hommes sont rares par ici), et furieuse de m'être bêtement mis la pression, j'ai fini par trouver un peu de courage du dimanche. On y va.

Maligne (ô combien!), j'ai offert L'élégance du hérisson à ma môman, qui l'a lu, l'a aimé (comme tout le monde), et me l'a prêté. Ma générosité est sans faille, n'est ce pas? Il faut dire quand même que j'étais certaine d'offrir un livre fabuleux (parce qu'en principe, je n'offre que les livres que j'ai déjà lus). Mes espérances étaient-elles déraisonnables? Non, j'étais sure d'en avoir entendu trop de bien pour pouvoir être déçue.

Point de résumé de l'histoire, donc, que tout le monde semble si bien connaître, à force - et même moi avant de l'avoir lu. Simplement quelques remarques et beaucoup de spoils sur ce bon livre qui a un peu failli à ses promesses d'enchantement.

Certes, j'y ai trouvé tout ce que l'on m'avait promis: des personnages hors-normes qui proposent un nouveau filtre de lecture de la société, de ses a priori, de ses injustices et de ses lâchetés. De l'humour, de l'intelligence, de la finesse. Un amour des mots et de la littérature qui ne peut que toucher la lectrice au coeur. Alors alors, que n'ai-je pas aimé?

Le scénario déjà.

Renée, c'est Cendrillon. Ça lui va bien, d'ailleurs, l'image: se couvrir de cendres pour se cacher, pour faire pénitence. Le drame qui est la clef de son comportement est bien trop mélo pour être convaincant - et parfaitement inutile. Franchement, psychologiquement, ça ne tient pas. Alors qu'un comportement mystérieux et irrationnel, moi j'aime plutôt bien. Mais bref, Renée vit dans sa loge sa vie de Cendrillon pendant un sacré paquet d'années, et puis tout-à-coup bing! le Prince. Vous remarquerez que c'est un vrai Prince de Lu: riche, séduisant, de bonne famille. Et de ses yeux auxquels rien n'échappe, il comprend que Renée n'est pas ce qu'elle semble être et l'arrache à sa loge. Trop beau pour être vrai? Oui mais c'est un roman, me direz-vous! Et vous aurez raison! Puisque dans la vie, les seigneurs japonais et les concierges ne font rien ensemble, autant qu'on s'amuse dans les romans. Bon, d'accord, je me divertis sans chipoter, mais là, crac! Muriel se dégonfle. De quoi avait-elle peur? Qu'on l'accuse de happy end? Ou bien alors elle s'est dit qu'il n'y avait pas assez d'émotions, que c'était un peu froid, que la petite tête-à-claques qui menaçait de se suicider depuis 300 pages, on n'y croyait guère. Ou alors elle voulait épargner les enfants? Dans un roman, une mort c'est une émouvante tragédie, deux c'est un serial thriller... Bref elle ne veut en sacrifier qu'une, et voilà qu'elle me tue Renée, qui venait tout juste de trouver le bonheur. Franchement, je lui aurait pardonné la mort du caniche. Là, je trouvais ça un peu exagéré. Ça ne m'a pas émue, ça m'a gonflée. Déjà que j'avais attendu pendant les deux tiers du bouquin qu'il se passe quelque chose!

Mais là n'est pas mon principal reproche. Mon principal reproche, c'est Paloma. Douze ans et demi. Petit génie. Quelle gamine abrutissante! Si jeune et déjà si péremptoire... J'aurais aimé sentir un peu plus de distance entre elle et l'auteur. Ce n'est pas que je sois systématiquement en désaccord avec ce qu'elle dit, ça sonne souvent plutôt juste d'ailleurs. Mais cette ligne tracée entre les Bons et les Méchants, entre les vraiment intelligents et les abrutis qui se la pètent? Trop souvent les réflexions de Paloma (et de l'auteur que je sens derrière) ignorent tout de la nuance et, assez vite, ça m'a été pénible. C'est vrai, ce n'est pas mon monde. Peut-être que les zhorribles des beaux quartiers sont vraiment comme ça? Mais enfin, faut-il bien remplacer un snobisme par un autre?

Oui c'était drôle et bien vu, l'amoureuse de Tolstoï derrière la silhouette ingrate de la concierge. La complexité derrière le cliché. Le rire qui pousse à la réflexion - et au-delà du rire, le drame. Et pourtant, j'ai trouvé que tout ça manquait, malgré son ambition affichée, de chaleur, d'ouverture, d'empathie.

Oui oui, je sais, j'en ai rajouté à plaisir. Ce n'était un si mauvais livre que je me suis plu à le dire. J'ai juste été un peu déçue.

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05 août 2007

La raison du meilleur est toujours la plus forte, René Reouven

blog___raisondumeilleurSi des lunettes noires suffisent à faire une aveugle, il faut bien davantage que des intentions assassines pour faire un tueur. Peut-être même n'y faut-il que les meilleures intention du monde? On ne se méfie jamais assez des romantiques... Surtout enfermés dans une auberge en montagne, coincés par une avalanche, avec une galerie de personnages plus troubles les uns que les autres. Tout a déjà été chanté à propos des histoires d'amour qui finissent mal en général, mais ici les dommages collatéraux montent à la hauteur de l'ingénue stupidité de l'héroïne...

Un faux whodunnit, drôle, trépidant et sournoisement immoral, écrit avec une verve si brillante que j'ai souvent pensé à La nuit du Jabberwock, de Fredric Brown - le mélange des genres en moins, l'humour noir en plus.

Cela faisait longtemps que je voulais lire René Reouven, mais bon, plus que le temps, il m'avait jusque là manqué l'occasion. Non seulement je suis enchantée de ce réjouissant polar, mais vous savez quoi? je suis persuadée que ce roman-ci n'est qu'une joyeuse récréation dans une oeuvre absolument brillante. A suivre...

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01 août 2007

Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez

blog___centansFresque grandiose, le roman raconte le destin d’une lignée condamnée à cent ans de solitude : celle des Buendia, qui ont fondé le village de Macondo.

S’il en existe un, ce roman est le manifeste du réalisme magique.

L’auteur ne s’embarrasse pas réellement de psychologie. Il plonge ses personnages dans la passion, la violence, le sexe et la mort, mais là où d’autres auteurs écrivent sur l’absurde et le désespoir, Garcia Marquez sature sa tragédie de poésie : elle en sort pleine d’un sens confus, obscur, impalpable, dont la lectrice pressent la beauté même si elle n’est pas sure de toute la comprendre.

Pas de résumé pour ce livre, et pas d'analyse non plus: c'est au-delà de mes possibilités, comme souvent quand j'aime. Mais une anecdote, un peu bête mais non dénuée de signification - au moins pour ceux qui auront lu le roman.

Je me suis enfin décidée à acheter un exemplaire de Cent ans de solitude lorsque je suis tombée sur l'édition limitée de Points. Ce n'est pas du snobisme, mais même une ekwerkwe n'est pas à l'abri d'une passion mal placée. Bref, cette édition limitée était accompagnée d'un marque-page (ô traquenard fatal où je chus sans faillir!), un marque-page donc qui portait l'excipit splendide qui était la seule chose dont je me souvenais, moi qui avais adoré le roman, bien des années auparavant:

"Aux lignées condamnées
à cent ans de solitude,
il n'était pas donné
sur Terre
de seconde chance."

Sauf que ni alors, ni lorsque j'achetais mon livre, je ne lus "aux lignées condamnées", mais bien "aux lignes condamnées", et il fallut cette relecture pour me rendre compte de ma méprise.

Non non non, je ne cherche pas à faire de l'anecdote à peu de frais. J'ai l'impression de ma méprise est pleine de sens, impression que ceux qui ont lu le chef-d'oeuvre partagent peut-être?

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23 juillet 2007

Le projet afghan, Claude Mercadié

blog___projetafghanVoilà quelque temps que ce bouquin traînait dans ma bibliothèque, acheté d'occase parce que j'aime, sans bien la connaître, sa maison d'édition: L'écailler du Sud. J'aime le jeu de mots de son nom (moi qui pourtant n'aime pas trop ces jeux-là), son ambition et sa modestie, et puis le fait aussi qu'elle est de par chez moi, pas forcément par chauvinisme, mais parce que cela crée une proximité rassurante: alors nous aussi, ici, si loin de Paris, on peut? Oui, on peut!

blog___PABalkhSoit, donc, un bel hidalgo en mission archéologique pour la France en Afghanistan. Soit l'assassinat de son chef de mission. Et puis divers intérêts étrangers (opportunistes, antagonistes, paternalistes) tout prêts à s'incruster dans un pays en pleine reconstruction. Ainsi que des Afghans libres, fiers, et parfois cruels. Sans oublier une avalanche de femmes plus désirables les unes que les autres. Ni une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs et attachants. Tout ça pour un très mystérieux "projet afghan", qui fait courir tout ce monde dans un Afghanistan fascinant à pleurer.

blog___PAAlmar20032Lu au second degré, sous l'angle du détournement du roman de genre, ce doit être un régal. Malheureusement, n'ayant point été avertie, je me suis laissée prendre aux premiers chapitres, palpitants et remarquablement écrits. Bouquin refermé, je me fais l'effet d'une chèvre décapitée pendant une partie de buzkashi: ballotée sans rien trop comprendre d'une scène à l'autre, de descriptions à couper le souffle en dialogues kitschissimes, d'émotions fortes en rebondissements en caramel mou, de visions transcendantes en petites banalités bourgeoises.

blog___PASurlestracesd_OurozJe m’interroge sans trouver de réponses convaincantes sur les intentions de l’auteur qui a, à l’évidence, pris beaucoup de plaisir à écrire ce roman jubilatoire. Faux polar, faux roman d'espionnage, mais vrai roman d'amûûûr pour midinettes, dans un cadre intelligemment exotique: décidément, un ouvrage déstabilisant.

blog___PAHajiGhulamSakhietGhulamSakhiblog___PABuzkashi_Andkhoyblog___PAHajiGhulamSakhisonfilstchopendozetsonneveu

Les photos qui illustrent cet article ont toutes été empruntées à Louis Meunier et Grégoire Belot. Elles sont publiées dans le très surprenant Journal d'un apprenti tchopendoz, avec des tas d'autres tout aussi fascinantes, mais j'ai choisi celles qui me rappelaient le mieux ma lecture...

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09 juin 2007

Honor Harrington I - Mission Basilic, David Weber

blog___honor1Où l'on apprend  que les chats sylvestres, qui ont six pattes, ne font pas "miaou" mais "blic". C'est original.
Où l'on apprend qu'un trou à vers, en plus de rapporter beaucoup d'argent, peut être d'une importance stratégique vitale. C'est insoupçonné.
Où l'on apprend que l'héroïne peut ne pas être belle et avoir les cheveux du châtain le plus banal. Ce n'est pas banal.
Où l'on apprend qu'il suffirait presque de s'appeler Honor pour avoir le sens de l'honneur. C'est moins évident qu'il n'y paraît.
Où l'on apprend que si l'on sait utiliser à bon escient les diminutifs de son équipage, on arrive à se faire appeler pacha sans plus de travail. C'est utile.
Où l'on ne comprend rien à la quintessence du space-opera, ce qui n'empêche pas de passer un bon moment dans l'hyper-espace. C'est reposant.

Après avoir frit un nombre considérable de mes neurones à la lecture de Lanark, je me suis penchée que cette ouverture de cycle que Kev m'a fourguée sous d'enthousiasmants prétextes géo-politico-stratégiques. Ben tiens.
C'est du space-opera donc, comme dit le cafard cosmique, c'est spacieux, c'est coloré, ce n'est pas du tout euclidien, et ça ne prend pas la tête. D'ailleurs, quand il y a des passages un peu difficiles à comprendre, il suffit de décrocher en douceur jusqu'à ce que l'auteur change de sujet: la physique pseudo-quantique, on sait bien que c'est là pour l'exotisme, on n'en sort pas plus intelligent. Bon, un seul regret, le valeureux héros est une valeureuse héroïne, donc pas de grand type bombesque et passionné. Oui, c'est dommage parce que c'est beaucoup plus facile de s'identifier à une blondinette écervelée sauvée in-extremis par le héros (en même temps que l'univers, la "civilisation", et une ou deux espèces en voie de disparition) plutôt qu'à une grande brune au mental d'acier et aux réflexes imparables, militaire de surcroît. Enfin, ça reste, étonnament, très très sentimental. Mais attention, ici ça parle d'honneur, de respect, de fidélité. Oubliez le technicolor flamboyant. Et quand une main s'oublie sur une épaule, eh bien, ah! je n'en dis pas plus... D'ailleurs, ça n'a pas dû arriver plus d'une fois. Bref, boulot boulot, pas de temps pour la rigolade. Quant à la gaudriole, n'en parlons pas. Et d'ailleurs, qui avec qui? personne n'a l'air d'y penser... Bon, n'oublions pas non plus ce léger (mais insistant) parfum de valeurs conservatives, voire colonialistes. Et pourtant, peut-être justement parce que c'était pile le bon moment pour le lire, j'attendrai le deuxième tome pour me faire une idée plus définitive. Voui, je vais me faire prêter le tome II. Comme quoi...

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18 mai 2007

L'envol, Xiaoyu Zhang

blog___envolIl y a en France un "spécialiste de la BD chinoise": c'est la prometteuse maison d'édition Xiao Pan, sise à Figeac, dans le Lot (ben oui!), et que je viens de découvrir avec le titre L'envol, qui groupe deux histoires courtes, Qiao Zhengfei, inventeur, et Timi, adaptée de la nouvelle L'enfant du temps (Child of time) d'Isaac Asimov.

blog___envol___zhengfei_2Zhengfei est le fils d'un ingénieur qui s'est suicidé pour échapper aux persécutions du régime communiste chinois. Sa fascination pour les avions est en partie un hommage à ce père chaleureux et attentif qu'il a trouvé, un jour, pendu dans son atelier, et en partie le rêve d'évasion d'un enfant innocent confronté à une société qui le met à l'écart et le stigmatise, et à un quotidien éprouvant avec sa mère devenue folle. blog___envol___zhengfeiSon seul ami est le fils de son instituteur, mais la complicité des enfants ne peut suffire à combler l'écart entre eux, Zhengfei est trop marqué par la vie, son rêve (voler) trop obsessionnel pour lui faire jouer le jeu de la survie. Cette histoire cruelle, au thème faussement poétique, est servie par un très beau dessin lisse, travaillé, qui exploite habilement les ressources du noir et blanc.

Bref, j'étais déjà conquise quand je suis passée à la deuxième histoire du recueil, Timi. Je ne suis pas vraiment admiratrice d'Asimov, donc, sans avoir d'idées préconçues, mes mains ne tremblaient du plaisir de l'anticipation... blog___envol___timiD'entrée, j'ai été surprise par la rupture de style, plus proche du manga: dessin moins fignolé, à traits discontinus, et des cadrages qui collent au plus près des corps et des visages: un choix intelligent pour cette histoire (du moins le parti-pris du narrateur, je n'ai pas lu la nouvelle-source d'Asimov) profondément émouvante, dont le principal ressort est psychologique. Stase Technologies, le plus grand labo de recherche en biologie animale et végétale et en géologie a mis au point une technique permettant de "ramener" minéraux, végétaux et animaux du passé. Cette histoire commence quand un enfant préhistorique, né 40000 ans avant notre ère, est ramené et confié à une infirmière, Edith Foster, la bien-nommée. Enfant, monstre ou animal? Traité comme un sujet d'études par Stase Tech, comme un événement sensationnel par les médias, Timi ne trouve d'amour qu'auprès d'Edith, tendre et attentive. Et toute l'histoire est là, dans cette relation-là. La question de l'éthique (arracher un enfant à son temps, à son milieu, pour l'étudier) est inexistante. Le prétexte scientifique est totalement contourné: on a l'habitude avec le paradoxe temporel, mais la technologie du voyage dans le temps n'est même pas théorisée, deux mots pseudo-savants lui servent de caution, quant au "champ statique" et à "l'énergie temporelle" qui servent de prétexte commode quand le besoin s'en fait sentir dans le scénario, ils sont contredits avec insouciance dès qu'ils deviennent gênants. Eh bien, pour une fois, peu m'importe. blog___envol___timi_2Car cette nouvelle, à l'évidence, ne relève pas du domaine de la science-fiction. C'est une très belle histoire d'amour qui, comme telle, transcende difficultés et différence, avec énormément de subtilité et d'émotion, au point que j'en ai fini la lecture les larmes aux yeux...

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11 avril 2007

La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa

blog___formule_professeurIls sont trois: le professeur de mathématiques qui a une "bande magnétique mémorielle" de 80 minutes, sa nouvelle aide ménagère, et le fils de celle-ci, Root. Entre eux, les chiffres créent des liens subtils, et les formules déroulent leur époustouflante vérité.

Il n'y a pas grand chose à résumer de ce roman: comme dans les autres livres de Yoko Ogawa (ceux que j'ai lus du moins), l'essentiel n'est pas l'histoire, mais les personnages, et les relations qu'ils nouent. Et ce qui fait le lien est ici la beauté des mathématiques, mise en mots par Yoko Ogawa avec force, clarté, netteté, et cette poésie du détail qui est, pour moi, tellement japonaise.
J'ai lu il y a quelques années Le théorème du perroquet, de Denis Guedj. Sa démarche (transformer l'histoire des mathématiques en enquête/jeu de piste) était bien loin de ce qu'Ogawa met ici en scène: les chiffres et leurs relations détiennent une vérité intemporelle qui structure l'univers, laissant tout à découvrir et bien peu à inventer.

La note de lecture qui, entre de nombreuses incitations, m'a poussée à garder l'exemplaire de ce roman tombé entre mes mains à la bibliothèque, cette note donc est chez Chaperlipopette.

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