10 septembre 2007
Transparent, Makoto Sato
Un transparent, c'est quelqu'un dont les ondes mentales se déversent librement, à des (kilo)mètres à la ronde: quelqu'un dont tout le monde connaît les moindres pensées. C'est surtout, depuis le suicide du premier d'entre eux, quelqu'un que tout le monde a l'obligation de protéger, de préserver. Quelqu'un à qui absolument tout le monde ment, pour qu'il n'ait pas à faire face à la révélation traumatisante de sa différence. Et c'est aussi, en contrepartie de sa transparence, un génie, une intelligence hors du commun. Et donc, pour le gouvernement, un citoyen plus précieux qu'un trésor national.
Humains? Surhommes? Mutants?
En tous cas ils sont de plus en plus nombreux, et les problèmes que pose leur protection sont à la mesure de leur nature exceptionnelle. Comment les protéger d'eux-mêmes? comment les protéger des autres? Comment les protéger d'entre eux, puisque deux transparents qui se rencontrent ne peuvent que se révéler leur vraie nature? Et que faire quand un transparent donne naissance à un autre transparent? Comment leur fabriquer une vie "normale", quand elle repose entièrement sur le mensonge?
"Techniquement", je ne pense pas qu'il soit possible de lire dans les pensées, pas sous cette forme du moins. Il me semble que nos pensées sont rarement formulées - enfin, dans ma tête, ça ressemble davantage à de la choucroute qu'à des phrases articulées, des pensées cohérentes et structurées. Mais au fond, que l'on perçoive des mots ou des émotions, cela ne fait pas une grande différence... Et puis, dans un livre, il faut bien en passer par des mots.
Par contre, le phénomène pose des questions intéressantes: quel confort, quel sentiment de sécurité retirons-nous du fait de pouvoir garder nos pensées pour nous? du fait de pouvoir mentir, tricher, dissimuler? Et par rebond, qu'implique une société transparente? Pourrions-nous garder la même organisation sociale? L'honnêteté absolue est-elle souhaitable? Ce sont des questions que la lectrice se pose, bien sûr. Des questions que Fredric Brown avait esquissées dans Martiens, go home!, sans y répondre vraiment, décrivant simplement un monde que la révélation du mensonge (liée à d'autres phénomènes) menait au chaos.
De façon très parallèle, certains personnages se posent aussi ces questions. Ils n'ont ni admiration, ni amour, ni pitié pour les transparents. Ils estiment que le fragile équilibre social qui est le nôtre ne peut s'accommoder de l'existence des transparents, et qu'il faut les faire disparaître, à n'importe quel prix. Pourtant, des expériences sont menées, aux États-Unis, où la protection des transparents se base sur le postulat inverse: révéler leur nature aux transparents, et les entourer de personnes acceptant d'exprimer à haute voix leurs pensées, même mes plus honteuses, les plus gênantes, les plus mesquines.
Makoto Sato ne répond pas exhaustivement à ces questions (ce n'est pas un reproche, ce serait bien difficile). Il n'empêche: je les trouve (les questions) d'une pertinence stupéfiante. Combien de fois, quand vous avez essayé d'analyser et de comprendre notre architexture sociale, en êtes-vous arrivé à la conclusion qu'un de ses fondements est le mensonge, ou du moins la dissimulation des pensées? Qu'il s'agit d'un des éléments de notre ciment social? Peut-être suis-je un peu lente (c'est même certain), ça ne m'avait jamais frappée.
Sur la forme, Transparent est un manga de base. Le décor se fait en quelques traits à angle droit (je n'exagère pas beaucoup), on a souvent mal pour les personnages, tordus de façon bien improbable, et le dessin, globalement, me fait grincer des dents. Je reconnais que j'ai lancé la polémique un peu fort, il y a quelques temps, en prétendant ne pas pouvoir reconnaître un mangaka d'un autre. Ce n'est pas vrai, bien sûr. Mais si j'ai été enchantée par Transparent, ce n'est certainement pas pour son graphisme! D'ailleurs, j'ai publié dans ce billet toutes les couvertures de la série, vous pouvez donc vous rendre compte par vous-même.
Enfin, un point important (et négatif) mérite d'être signalé. Je ne sais pas exactement comment fonctionne le marché du manga au Japon, mais j'ai l'impression qu'il s'agit bel et bien d'un marché, où le maître-mot est "rentabilité". C'est gênant pour les mangakas, question délais, épisodes, etc. Mais quand je referme mon huitième et dernier tome, un peu énervée par les rebondissements mélodramatiques qui n'ont pas apporté grand chose à ma réflexion (alors que je viens de m'émerveiller sur les sept précédents), et que je lis qu'une "saison 2" est commandée, je me demande si la série n'est pas victime (oui! victime!) de son succès. Tout en sachant très bien que je lirai quand même la suite dès que l'occasion s'en présentera, car Makoto Sato a définitivement gagné mon admiration, par son originalité et son intelligence.

Transparent, c'est une preuve supplémentaire que
la science-fiction est soluble dans tous les genres.
Lisez-en!!
05 juillet 2007
Le médecin de campagne, Honoré de Balzac

Un vieux militaire arrive dans une riante vallée, qui respire davantage la prospérité qu'il ne semble au premier coup d'oeil, prospérité due à la largeur des vues et à l'abnégation du docteur Benassis...
Au niveau de l'histoire, c'est à peu près tout ce qu'il se passe (je m'en voudrais de dévoiler ici le peu qu'il reste). Ce n'est pas là un roman, c'est un... un quoi au fait? Un ouvrage politique? non, ce serait un peu léger. Une compilation des vues de Balzac-le-réformateur? hum, disons que c'est facile sur le papier. Un interminable bavassage? oui, cela ressemble davantage à un grand écrivain qui se regarde écrire.
Dans un premier temps, Honoré joue à Pharaon, par Benassis interposé. C'est presque amusant, d'ailleurs. Un tout petit moment. Beaucoup de paternalisme, des bonnes intentions à la louche, et un village de misérables miséreux qui devient miraculeusement prospère... Puis on a droit à un tour d'horizon de ce que chacun devrait faire et penser, et de ce à quoi les institutions devraient oeuvrer. Sans oublier de longues digressions sur les campagnes napoléoniennes (assaisonnées de quelques passages d'un antisémitisme écoeurant). Et enfin des considérations diverses et variées sur l'honneur, la vertu, l'amour, la noblesse des âmes, blabla. Ah! j'allais oublier les vertus de la religion, qui englobent le triple soutien de la foi, de l'Eglise et des cérémoniels - ce qui commence à faire beaucoup trop pour moi.
J'ai quand même fini le bouquin (tout en me demandant à toutes les pages si oui ou non je laissais tomber), simplement pour savoir s'il allait, à un moment ou à un autre, se passer enfin quelque chose, s'il y avait une brillante démonstration derrière une si médiocre péroraison, et puis parce que c'était Balzac donc zut! l'auteur devait bien se cacher quelque part?! Espoir déçu. Il ne se passe rien. Absolument rien. Dans un roman, c'est quand même un comble.
Alors certes, une oeuvre est toujours le produit de son temps, et je n'ai pas eu le courage de faire plus que survoler la préface de Leroy-Ladurie, ni de me documenter. Mais il me semble qu'il y a des façons bien plus fines et intelligentes de s'engager, pour un romancier, que de commettre une "oeuvre" aussi navrante. Le pire étant que je suis bien obligée de classer ce bouquin en "VERT", catégorie à laquelle il appartient pleinement, mais pour laquelle j'avais un plus d'ambition quand je l'ai créée...
18 juin 2007
Etoiles mourantes, Dunyach & Ayerdhal

Parfois, il y a des livres que je suis soulagée d'avoir lus. Des pépites qui valent toutes les fausses pistes sur lesquelles je me suis égarée, reposée, distraite ou énervée. Bref, des ouvrages qui sont des rencontres éclairantes. Et Etoiles mourantes est l'un de ceux-là.
Alors voilà...
Dans un tout petit Univers, tout moche et tout froissé qui, par un effet d'optique, paraît immense, vivent des AnimauxVilles, et une humanité divisée en rameaux: les Mécanistes, les Originels, les Organiques, et les Coordonnés. Ce sont les AnimauxVilles qui ont souhaité et rendu possible la Diaspora, pour que chaque rameau puisse se développer. Et c'est ce que les Rameaux ont fait, chacun de son côté. Sans ignorer l'existence des autres, sans lutter contre eux, mais chacun replié sur son monde, ses valeurs, sa société poussée au bout de sa logique, à un point de sophistication incroyable. Quatre modèles politiques, sociétaux, culturels. Et quand une étoile meurt, la tradition veut que les AnimauxVilles invitent les Rameaux à venir assister à sa fin, pour les Retrouvailles. Au momnet où commence le roman, ce ne sont que les deuxièmes retrouvailles, depuis la diaspora - les étoiles ne meurent pas très souvent. L'occasion (théorique) de se confronter, d'échanger, de ne pas se perdre totalement de vue. Ou de s'affronter.
Des mondes complexes et fragiles, menacés par un bouleversement imminent et irréversible: la trame est classique, et habilement palpitante. Le suspense repose non seulement sur ce que la lectrice ne sait pas, mais aussi sur l'imprévisibilité des événements à venir: une réaction en chaîne est lancée, dont personne ne peut prédire le résultat.
De l'histoire, je n'en dis pas plus: je laisse les futurs lecteurs découvrir ce que sont exactement les AnimauxVilles, et les Rameaux. Dunyach et Ayerdhal n'aiment pas trop, apparement, les levers de rideau et les grands effets de manche: pas de description cinématographique donc, mais un Univers construit par petites touches, dans un roman où chaque page apporte son lot d'informations. Evidemment, on se sent un peu perdu au départ, mais le mystère né des non-dits sied bien à l'intrigue, bien mieux que ne l'aurait fait un rythme description/action plus traditionnel. Par ailleurs les auteurs ont développé à partir de leurs recherches scientifiques, notamment en astro-physique, un regard à la limite de la métaphysique, poétique et vertigineux: c'est doublement gratifiant pour la lectrice peu au point en sciences: intéressant et crédible sans être ennuyeux. Quant à l'écriture... c'est une collaboration parfaitement réussie. Je n'ai pas l'impression que les auteurs se soient clairement divisé le travail. Je ne les connais pas assez pour reconnaître leurs pattes respectives, mais il me semble qu'il y a une intertextualité très étroite, omniprésente et cohérente.
Sur le fond, ce roman met en scène une réflexion réellement profonde et travaillée sur quatre mondes, et leurs points de jonctions. Au départ, un double postulat:
- l'isolement, qui permet aux auteurs d'explorer le développement de quatre organisations sociales et politiques: ici, pas d'étude des moyens et des modalités d'une transition révolutionnaire, l'histoire commence longtemps après, au moment où chaque société se trouve, sinon au bout, du moins à un sommet (problématique) de sa logique utopique;
- les avancées scientifiques que permet la fiction (eh oui, c'est ça la science-fiction!), avancées qui servent pas de béquilles au récit, mais à pousser chaque logique dans ses derniers retranchements.
Au-delà, Ayerdhal et Dunyach s'interrogent sur la validité de telles expériences, réalisées dans de quasi-conditions de laboratoire: qu'advient-il de ces sociétés, de ces modèles, quand ils sont confrontés les uns aux autres, quand leurs logiques internes les poussent à s'affronter? que devient la plus ouverte des sociétés quand il lui faut intégrer des éléments qui remettent en question son équilibre? quelle est la validité de sa tolérance affichée quand elle répugne à admettre l'humanité d'hommes issus d'une culture différente?
Si les auteurs ne peuvent s'empêcher de laisser filtrer leurs préférences (faciles à partager, en ce qui me concerne), ils sont malgré tout assez lucides et exigeants pour pointer les incohérences - notamment l'isolationnisme et la xénophobie latente - qui, à terme, ne peuvent que ronger ces structures de l'intérieur et provoquer leur effondrement.
Sans didactisme, sans angélisme, Dunyach et Ayerdhal réfléchissent sur le papier, dans la meilleure tradition SF. Et moi je viens de dénicher un autre des livres de ma bibliothèque idéale.
16 mai 2007
Eden (tome 7), Hiroki Endo
Dans Eden, l'amour est une poisse qui lie les êtres pour leur plus grand malheur.
Dans Eden, la violence est une fatalité à laquelle personne n'échappe.
Dans Eden, il faut tracer sa voie dans le sang parmi les trafiquants pourrissants, les prostituées accros, les tueurs au sang froid - et les groupes mafieux qui se déchirent le monde comme des vautours.
Toujours plus noir, plus désespéré, plus ambigu: Hiroki Endo fait vieillir Elia à toute vitesse dans un monde corrompu et corrupteur. Eden, pour l'instant, c'est sinistre et sanglant - et si chacun cherche, à sa façon, une rédemption, ce n'est pas parce qu'il y a des raisons d'espérer, mais parce qu'il est difficile, même au plus endurci des criminels, de se décharger entièrement de sa part d'humanité.
16 avril 2007
Pages perdues, Paul Di Filippo
La dernière affaire du Choucas
Anne
Terre sans hommes
Mairzy Doats
Le monde de Campbell
Instabilité (écrit avec Rudy Rucker)
Les troisièmes Guerres mondiales
Linda et Phil
Alice, Alfie, Ted et les extraterrestres
D'entrée, Di Filippo nous prévient. Star Wars, la daube intergalactique, a signé l'arrêt de mort de la science-fiction. Ca s'apelle une uchronie, et ça raconte ce qui se serait passé si...
Ainsi, Kafka est un justicier masqué dans l'Amérique des années 20. Anne Franck une vedette hollywoodienne. Saint-Exupéry veut sauver ce qu'il reste des hommes à partir de sa base kenyanne. Jusqu'à Théodore Sturgeon, Alfred Bester et Alice Sebold qui, avec l'aide de mystérieux extra-terrestres, forment enfin le gestalt cher à l'auteur des Plus qu'humains.
Première rencontre avec Paul Di Filippo, théoricien plutôt barré et unique représentant du courant ribofunk, qui se fixe dans ce recueil de nouvelles un challenge peu commun: écrire des uchronies parallèles mettant en scène quelques grands auteurs de sfff. J'aime ce genre de pari: même si le fond ne prime plus autant sur la forme que ça a pu être le cas pendant l'âge d'or, le genre ne peut qu'aller plus loin avec des auteurs aussi ambitieux. Et puis l'auteur a de sacrées capacités: en deux paragraphes, le décor est brillament planté, avec verve, aisance, et pas mal de panache. Di Filippo sait écrire, et le résultat ne sent pas la souffrance.
Le recueil s'ouvre sur la très parodique et malicieuse Dernière affaire du Choucas. Avec ce qu'il faut de vengeurs masqués qui baillent pendant la journée, de jolies amoureuses futées, et de plumes à la cape du héros. Pas d'histoire tarabiscotée ici, mais prime au pastiche, et à, m'a-t'il semblé, une très subtile auto-dérision. C'est, dans l'ensemble, ma nouvelle préférée, peut-être parce qu'elle est la plus simple, la plus auto-suffisante.
Dans la seconde nouvelle, la jeune Anne Frank est réfugiée en Amérique, et elle tient un journal, appelé Priscilla, dans lequel elle raconte sa brillante carrière à Hollywood. Le procédé, à la fois simple et habile, permet de coller au mieux à l'original, tout en le distordant. Au-delà de l'exercice de style toutefois, la nouvelle n'apporte pas grand chose au genre, à part peut-être une bonne dose d'ironie et d'amertume. Jusqu'à cette optimiste profession de foi finale, comme un écho cynique de l'auteur à la naïveté de la jeune fille.
Puis un très curieux Saint-Exupéry parcourt une Terre sans hommes, ou presque, ou seuls quelques colons européens, au Kenya, ont survécu et se laissent vivre dans une nonchalante décadence. J'avoue, c'est à partir de là que mon attention a commencé à faiblir. Avec d'autant plus de regrets que le bibliomane avait posté sur ce qui était alors ma lecture en cours un commentaire encourageant. Je me suis donc laissée porter jusqu'à la fin, en sautant Instabiblité et Les troisièmes GM, et c'est avec un certain étonnement que j'ai trouvé un
gestalt inattendu dans Alice, Alfie, Ted et les extraterrestres, retournement de situation qui n'a pas éclairé ma compréhension de la nouvelle, mais c'était un clin d'oeil sympathique, dans la mesure où j'aime beaucoup Sturgeon.
Dans l'ensemble donc, j'ai été plutôt déçue par Pages perdues. J'étais probablemement un peu trop prête à trouver ça génial. Je suppose que le fait d'être américain ou d'avoir été élevé depuis sa plus tendre et lointaine enfance à la sfff doit donner une dimension autrement comique à ce recueil: j'avais beau lire avec application les N.d.T. en bas de pages, les références dont ces nouvelles sont truffées me parlaient rarement, ou pas assez pour saisir tout le sel de ces détournements.
16 février 2007
Le travail du furet, Jean-Pierre Andrevon
Parfois dans les quartiers riches, plus souvent chez les pauvres (mais c'est normal, il y en a davantage), le Furet fait son travail de furet: éliminer les citoyens désignés par Atropos, le programme du Grand Ordinateur, pour permettre de réguler la population. 400000 citoyens éliminés chaque année, tirés au sort de façon parfaitement transparente, anonyme et égalitaire, en échange d'un "pacte" de santé et de sécurité qui permet la paix sociale.
Le Furet fait son travail de Furet, qui lui permet de vivre dans un appartement décent, de manger à sa faim, et d'acheter les bandes hors de prix des vieux films de l'âge d'or hollywoodien.
Un jour un ex-collègue, viré pour s'être posé trop de questions, vient lui parler d'une combine bizarre et ridicule. Bien malgré lui, le Furet qui ne se posait pas de questions est entraîné dans une spirale infernale, et se rend compte qu'il a beaucoup à perdre...
J'ai beaucoup aimé cet Andrevon-là, encore plus que Shukran, je pense. Le Furet évolue dans un futur comme toujours hautement toxique (écologiquement, socialement, politiquement) et j'apprécie ce souci et cette fidélité de l'auteur à un message qui sous-tend systématiquement ses intrigues (et sans lourdeur, ce qui est appréciable). Et il y a de l'humour aussi, de la verve et du rythme, avec notamment une course-poursuite brillante et parodique, et assez de romantisme pour satisfaire mon coeur de midinette.
15 février 2007
Replay, Ken Grimwood
Jeff Winston, journaliste new-yorkais, meurt alors qu'il est en train de téléphoner à sa femme. Il se réveille 25 ans plus tôt, dans sa chambre d'étudiant, à l'université. Et c'est reparti pour un tour, sauf qu'à présent il connait le gagnant du Derby, l'assassin de JFK... et la date de sa mort. Au bout de quelques tours, il se rend compte qu'il n'est pas forcément seul sur le manège...
Tout ce temps, toutes ces vies, ça représente beaucoup de chances, d'options, mais finalement, qu'en fait Jeff? et qu'était-il censé en faire? Et la grosse limite de ce roman, à mon sens, c'est de ne pas réellement répondre à ces questions.
27 janvier 2007
Les monades urbaines, Robert Silverberg
Dans la monade urbaine 116 comme dans les autres monades de la Terre s'étagent les milliards de personnes que la planète parvient à nourrir depuis que les monades, en développant une civilisation verticale, permettent de libérer les sols pour les cultures. Une nouvelle société est née: dans ce monde foumillant, l'intimité n'est ni possible ni souhaitée, la liberté sexuelle et l'échangisme permettent de désamorcer les tensions - et si demeurent l'inégalité des classes, les questions du racisme ou de la religion ont disparu dans l'efficace creuset de l'uniformisation. Le nationalisme a muté, pris la forme plus affective d'un attachement viscéral à la monade. Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent s'adapter sont impitoyablement broyés par le système.
J'ai été assez déçue par mon premier Silverberg. J'ai trouvé cette utopie totalitaire censée résoudre le problème de la surpopulation et faire le bonheur de tous (à défaut de faire le bonheur de chacun) datée, complaisante, les personnages apparaissent trop brièvement pour que l'on puisse s'y attacher ou même s'y intéresser. Les Chroniques de Majipoor vont donc certainement attendre...
27 novembre 2006
Chroniques d'un rêve enclavé, Ayerdhal
Sur la Colline, Karel a été assassiné pour avoir peint des mots de révolte sur les murs. Puis Parleur arrive sur la Colline, plein des mots de son ami, et pour affronter un hiver de famine et les exactions du Prince, pour montrer aux Collinards la voie de la solidarité, il parle, parle, et c'est bientôt toute la Colline qui reprend les mots - et le rêve - de Karel: se libérer du pouvoir qui opprime (celui du Prince, celui de l'Eglise...), prendre sa vie (dans ce qu'elle a de plus quotidien) entre ses propres mains, s'entraider et renoncer à la violence.
Le texte d'Ayerdhal n'a rien d'angélique, mais il est porté par une ferveur convaincante et bouleversante. Peu de choses le rattachent finalement au domaine de l'imaginaire, à part son sujet: la réalisation d'une utopie - et une utopie n'est pas forcément irréalisable...

