blog___noeuds_et_d_nouementsLes noeuds, ce sont ceux qu'on a dans la gorge, dans le ventre: les tripes qui font le grand-huit et qui en profitent pour faire mal.
Les noeuds, c'est ce qui tient bien serré bien en place les cordes qui lient, qui retiennent prisonnier, qui maintiennent esclave.
Les noeuds, c'est un truc de marins et ça sert à quoi quand on est à terre?

quoyleQuoyle se noie sans se débattre dans sa vie sans joie, se laisse exploiter par son patron, avilir par sa femme, puisque dans sa vie de souffrance, il est normal que l'amour fasse mal lui aussi. Puis Petal meurt, le laisse avec deux petites filles et une vieille tante récupérée un peu par hasard, et il se retrouve à Terre-Neuve, le pays dont ses parents sont venus. Et le roman, c'est l'histoire du dénouement, lent et patient, de tous ces noeuds... Et le roman d'une terre aussi, confondue avec la mer et avec ses habitants.

Je n'avais pas envie de lire. Ou alors un livre rose et léger, un qui ne touche pas vraiment sa lectrice, mais je n'ai pas ça dans ma bibliothèque. Alors j'ai commencé ce roman-là. Un roman bien lent, avec un happy end absolument et terriblement prévisible, et beaucoup de couleur locale pour faire exotique (ben oui, c'est l'idée, quand le local vient de loin). Un roman avec un style déstabilisant, pour un peu j'en aurais soupçonné Dame Proulx de fainéantise, si je ne m'étais perdue d'admiration l'année dernière dans son recueil de nouvelles Brokeback Mountain. Ici, c'est... expérimental? Des phrases hachées, adieu sujets, verbes et compléments, dès qu'il s'agit de décrire un sentiment, ses phrases s'éparpillent autant que son fragile héros - alors que ses descriptions, ses paysages notamment, sont admirablement dits et structurés. Heureusement, à mesure que Quoyle se construit, les phrases suivent la même voie. Et le roman a un charme certain, finalement: des personnages attachants, agréablement déjantés, une nature sauvage, mauvaise, dure à l'homme, et des sentiments qui circulent au milieu de tout ça et lient les hommes entre eux, la terre à la mer, la nature à l'homme.

Bref, le roman, un peu inégal, est probablement légèrement inférieur à ses ambitions. Ceci dit, ça m'a fait réfléchir deux minutes à la flemme que même les gros lecteurs ont parfois, à cette curieuse impulsion qui nous pousse à déchiffrer sans chercher du sens dans la forme, à vouloir des torrents de sentiments préfabriqués et peu crédibles mais surtout pas de message en filigrane, et faire valoir un alibi historico-culturel de quelques informations compilées sans profondeur. A perdre quelques heures de notre si précieux temps, donc, plutôt que de lire des noeuds et des dénouements pleins de sens et de beauté.


Pendant ma lecture, des images me revenaient. Mais oui bien sûr, comme tout best-seller qui se respecte, Noeuds et dénouement a été adapté (massacré?) au ciné, sous le titre de Terre-Neuve (The shipping news), avec des acteurs efrroyablement glamours et peu fidèles à l'image qu'en donne Annie Proulx. Heureusement, avant d'avoir fini mon livre et être allée faire un tour sur le net, j'aurais été incapable de citer le nom de n'importe quel acteur (pas même celui du mieux-que-charmant Kevin Spacey, et je peux vous dire qu'il n'a rien à voir avec Quoyle)...

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